HISTOIRE DE LA RUSSIE ET DE L’URSS

Tamara KONDRATIEVA - INSTITUT NATIONAL DES LANGUES ET CIVILISATIONS ORIENTALES

X  LES REFORMES D'IVAN IV

Si nous analysons l'oeuvre d'Ivan IV, nous voyons qu'elle consiste en quatre entreprises essentielles :
1) l'organisation du pouvoir central et local
2) la réorganisation de l'armée
3) la réforme des impôts
4) la terreur

Toutes les quatre sont comme des moyens de renforcer le pouvoir du tzar et de son appareil gouvernemental centralisé.

LA PREMIERE PERIODE DU REGNE

I -L'organisation du pouvoir central et local.

Les prikazy : celobitnyj qui s'occupe desdoléances et contrôle l'activité des organes centraux. Les gubnyj : fonctions judiciaires.Les affaires des «likhie ljud »
Fonctions militaires : Razrjadnyj et Strelecki Les Zemskie : fonctions administratives et judiciaires. Remplacent les namestniki (baillis) et les volostéli (viguiers).
Fonctions financières : Bolsoj priklod Les vo evody : gouverneurs militaires.
Les affaires des likhie : razbojnyj
Les Zemskij sobor

Devenu tzar en 1547, Ivan réalise toute une série de réformes visant la centralisation et le renforcement de l'appareil d'Etat. Il inaugure les réformes par une cérémonie officielle. Devant une affluence considérable, sur la place Rouge, il prononce un discours pour inviter chacun à oublier les injustices d'autrefois et à collaborer à l'oeuvre commune du redressement national. Il ne manque pas de faire allusion aux outrages qu'il a subis dans son adolescence de la part des boyards et à leur despotisme envers le peuple, il promet que, désormais, il veillera lui-même aux intérêts de ses sujets.

Vers 1549 il s'entoure de conseillers qui forment un gouvernement Isbrannaja Rada à la tête duquel se trouve le favori du tzar, son camérier Aleksej Adasev, issu d'une famille riche des dvorjane de Kostromna, et Sylvestre.

Le pouvoir central

Pendant les deux premières années, la Izbrannaja Rada tient le pouvoir, le tzar y prenant peu part. Une des premières initiatives d'Adasev consista à réorganiser les organes centraux du gouvernement ou Prikazy. Il délimite leurs compétences et en crée de nouvelles. Il multiplie le nombre des djaki (clercs, fonctionnaires) essentiellement d'origine des dvorjane. Il dirige lui-même le Celobitnyj prikaz qui s'occupe des doléances et contrôle l'activité des organes centraux. Adasev s'attache surtout aux Prikazy des fonctions militaires (Razrjadnyj, Streleckij) et financières (Bolsoj Prikhod). Des prikazy obtiennent des fonctions judiciaires qui, auparavant, étaient une prérogative des princes et des boyards.

En 1549 Ivan IV convoque le premier Zemskij Sobor ou Assemblée de la Terre, sorte d'Etats généraux. Le premier Sobor était composé de tous les membres de la Bojarskaja Duma, du haut clergé, des fils de boyards et des dvorjane. La participation des marchands et des gens de posad n'est pas certaine, mais ces représentants vont jouer un rôle non négligeable dans les Zemskie sobory postérieurs. Les Zemskie sobory n'étaient pas convoqués régulièrement, mais chaque fois qu'il fallait prendre des décisions importantes (paix et guerre, élection du tzar à la fin du XVIe siècle, au XVIIe siècle, réformes de structures). Cette institution représentative exista auprès du tzar jusqu'au milieu du XVIIe siècle. En 1653, un Zemskij sobor discuta de l'annexion de l'Ukraine à la Russie. Après ce sobor, la pratique de l'Assemblée ne fut pas suivie avant 1682 quand le dernier Sobor élit Pierre Ier tzar.

Les Zemskie Sobory des XVIe et XVIIe siècles avaient une particularité ; ils ne limitaient pas le pouvoir du tzar, ils ne pouvaient que lui donner leur avis sur les questions qu'il leur posait, sans lier aucunement sa volonté. Le Zemskij sobor était un instrument d'autorité plus qu'un obstacle à l'arbitraire. De même pour la Boyarskaya Duma. Ces deux institutions permettaient au tzar d'imposer plus facilement des sacrifices à ses sujets. A Moscou même, Ivan faisait un appel plus direct encore à la population rassemblée sur la Place Rouge, la priant de soutenir son action. Le soutien populaire autant que ses forces armées et l'appui de l'Eglise lui ont, sans aucun doute, permis de triompher de l'insoumission des bojar. Ainsi, un pouvoir arbitraire, sans contrôle réel, s'est établi dès le XVIe siècle. Pourtant l'existence du Zemskij sobor et de la Boyarskaya Duma ne nous permet pas de constater la réalité de la monarchie absolue avant le début du XVIIIe siècle. Il y avait des périodes où la Boyarskaya Duma ou le Zemskij sobor jouaient un rôle important, influençant le tsar et maîtrisant la situation.

Le pouvoir local

Dans les années cinquante, fut entreprise la réforme de l'administration et de la justice locales. Quelle était l'orientation de cette réforme ? La même que pour le pouvoir central ; la création des organes représentatifs, appuyant et fortifiant le pouvoir du tzar.

La réforme, dictée par les désordres paysans, commença en 1539 par retrait des fonctions judiciaires aux namestniki et aux volostéli. Le gubnej starosta, élu parmi les dvorjane ou les fils de bojare, fut chargé de lutter contre les bandits. Le celovalnik, élu par les paysans aisés et les gens de posad, aidait le gubnaj en remplissant des fonctions juridico-policières. Pour contrôler l'activité des gubnye, fut créé à Moscou le Razbojnyj prikaz. Ce prikaz et les grubnye jouaient un rôle très important dans la lutte contre les soulèvements paysans, mais aussi contre l'opposition des boyards, contre les traîtres. La réforme des gubnye fut achevée vers 1556.

Depuis le règne d'Ivan III, les namestniki et les volostéli nommés par le tsar furent indemnisés directement par la population. Rappelez-vous le système de kornilenie, c'est-à-dire de la rétribution de ces fonctionnaires par l'alimentation. La population, accablée par les impôts, inondait l'administration centrale de suppliques demandant la suppression de ce système. De son côté, le pouvoir central, soucieux d'augmenter les ressources militaires de l'Etat, préférait voir les hommes de service se consacrer à la défense du pays plutôt qu'aux fonctions de namestniki et de volostéli. C'est pourquoi, d'abord, on laissa aux communes (ou mir) la liberté soit de garder leurs anciens namestniki et volostéli, soit de les remplacer par des zemskie starosty élus par des gens de posad et des paysans riches. Les zemskie starosty et leurs auxiliaires étaient chargés du pouvoir administratif et judiciaire, excepté les affaires des "likhie ljudi". Les communes étant des autorités élues et jouissant de l'autonomie administrative étaient tenues de payer à l'Etat un impôt spécial, en remplacement de ceux que percevaient les namestniki et les volosteli.

Peu après 1550, les communes autonomes furent obligatoirement substituées partout aux namestniki et aux volosteli. Vers la fin du XVIe siècle, ceux-ci furent remplacés par les nouvelles autorités élues, c'est-à-dire par les gubnye et les zemskie, ainsi que par les voevody, gouverneurs militaires. Les réformes du gouvernement local visaient l'affaiblissement du pouvoir des princes et des bojare locaux et la centralisation en faveur des dvorjane, des slujilye ljudi, des posadski en tant que fidèles du tzar.

II. La réorganisation de l'armée.

Pour donner une base solide à la politique intérieure et à la défense du pays, on créa une organisation définitive des "hommes de service" dont les principes étaient fixés dans le "Code de service" de 1556. D’après ce Code, chaque propriétaire foncier, le votcinnik, de même que le pomescik, est obligé de se rendre aux endroits désignés, à cheval et en armes, accompagné d'un nombre de gens déterminé (une personne par 150 desjatin de terre labourable). S'il amène plus de gens, il reçoit un supplément. Si le nombre de ses guerriers est inférieur au nombre déterminé, il doit payer une amende.

Auparavant, les hommes de service étaient indemnisés par la population, maintenant, ils sont payés en argent par l'Etat. Cet avantage les attirait dans l'armée, le gouvernement local devenant de plus en plus une prérogative des fonctionnaires d'Etat et des autorités élues.

Grâce au Code de Service, la cavalerie des Dvorjane se multiplia considérablement. En outre, le tzar commence à confier, sans tenir compte de l'ordre de préséance, les hauts commandements à des chefs qualifiés qui se sont distingués par leurs talents et leurs qualités. L'ordre de préséance (mestnicestve) désigne une place dans la hiérarchie, l'ancienneté nobiliaire.

Cette timide limitation de l'ordre de préséance favorisa la discipline militaire. Il faut dire que le mestnicestv provoquait souvent des dégâts dans l'armée russe. Ainsi, le chroniqueur raconte qu'en 1530, les Russes n'ont pas pu prendre Kazan' car les Belskie et les Glinskie se querellaient devant les murs de la ville, faute de décider qui était plus haut placé dans la hiérarchie, qui était plus noble pour entrer le premier dans la ville.

Ivan Groznyj créa une base de l'armée de métier avec les Strelcy. On les recrutait parmi les posadskie ljudi, en les payant et en les entretenant. Ivan a choisi 3000 strelcy et comme sa propre garde, il les a installés à Vorobevo, non loin de Moscou.

III. La réforme des impots

Pour soutenir financièrement ses entreprises, Ivan IV a réformé les impôts. Dans ce domaine, comme dans toute sa politique, règne le principe de centralisation. Le but est de faire venir les impôts au trésor du tzar. Toutes les terres et toute la population sont recensées, ainsi une unité des terres imposables est établie - le bolsaja sokha. La qualité de la terre et le statut du propriétaire étant pris en considération, une bolsaja sokha comprenait :

Pour les hommes de service 400 d.e.s.
Pour les ecclésiastiques 300 d.e.s.
Pour les paysans noirs 250 d.e.s.

La lourdeur de l'impôt pesait ainsi sur les paysans. En dehors de cet impôt direct, il en existait plusieurs autres indirects. On ne cessait pas d'en créer des nouveaux. Un impôt supplémentaire pour les dépenses militaires, pour l'entretien de l'armée des strelcy, pour racheter les prisonniers de guerre, pour l'entretien de l'administration dans les villes, pour les constructions des villes, etc. Les douanes et les péages furent réorganisés et pour la plupart d'entre eux, supprimés afin de faciliter la collecte des impôts.

LA DEUXIEME PERIODE DU REGNE D'IVAN IV : LA TERREUR

En 1560, meurt la femme d'IVAN, Anastasie. Les nombreux favoris du Tsar accusent Sylvestr et Adasev d'avoir causé sa mort. Malgré l'absence de preuve, IVAN rompt définitivement avec ses conseillers. Sylvestr se retire dans l'extrême Nord, au couvent des îles Solovki. Adasev va à la guerre. Il mourra quelque temps après, en combattant dans la guerre de Livonie.

Les nouveaux personnages qui se groupent autour du tsar sont des gens d'humble origine, comme Skuratov, surnommé Maljuta, comme Aleksis Basmanov et Vasilij Çrjaznoj. Débauchés et cupides, ils flattent les mauvais penchants d’Ivan. C'est dans cet entourage, au milieu des orgies, que Ivan commence à penser à détruire le groupe aristocratique des petits princes, d'en finir avec le plus important parmi eux, Vladimir Staritskij (de Starica). Ces pensées n'étaient pas encore claires quand, à la fin de 1564, Ivan pris par la crise d'angoisse et par sa manie d'errer, quitte brusquement Moscou. Il part avec ses enfants et avec les serviteurs les plus proches et emmenant avec lui le trésor. Après avoir erré, il s'arrête à Aleksandrovskaia Sloboda aux alentours du monastère de la Trinité Saint-Serge.

Si en quittant Moscou, le tsar agissait sans but précis, il pris la situation en main pendant son séjour à Aleksandrovskaja Sloboda. C'est que son départ avait provoqué une peur panique dans le peuple. Celui-ci se sentait abandonné, non simplement par le souverain, mais par le tsar-père.

Etant conscient de cet attachement, Ivan remis de sa dépression, profite de sa popularité pour porter le coup décisif à ses ennemis, princes apanagistes et bojare. Il envoie à Moscou son acte d'abdication, tout en accusant les bojare de trahison et en indiquant qu'il ne rend pas le peuple responsable de cette trahison. Il est certain de gagner l'appui et la confiance du peuple. Effectivement, comme il l'attendait, les Moscovites envoient une délégation à Aleksandrovskaja Sloboda. Cette délégation prie le tsar de revenir sur sa décision, il refuse plusieurs fois, on le supplie, il y consent à la fin à condition que tout le monde se soumette au nouveau régime qu'il va introduire.

Ce nouveau régime porte le nom de l'Opricnina. Le mot vient de "opric", qui signifie «à part, excepté". En divisant le pays en deux parties - 1'opricnina et la zemscina - Ivan se réserve 1'opricina, c'est-à-dire un territoire à part. Sur ce territoire, il instaure un régime d'exception. Ainsi, l'opricnina désigne un territoire et un régime en même temps.

Le régime de l'opricnina consiste avant tout en la création d'une police spéciale qui compte à peu près 7 000 hommes. Ces hommes, choisis par le tsar pour leur dévouement et leur goût de la guerre, cavaliers tout de noir vêtus, portant comme emblème la tête de chien et le balai, exécutent toutes les volontés d'Ivan IV. Les opricniki ne sont responsables que devant Dieu, ils ne doivent de compte à aucun organisme, ni administratif, ni judiciaire, et sont dotés de tous pouvoirs. Leur tâche principale consiste à nettoyer le pays de la trahison. Voilà pourquoi, le balai est leur emblème. Mille hommes sous la direction de Maljuta Skitratov forment une cour privilégiée autour du tsar, lui servant de gardes du corps. L'entretien de la nouvelle police est assuré par les revenus de plusieurs quartiers de Moscou et d'autres villes, ainsi que par les revenus de domaines qui sont distribués aux opricnikis dans les régions soumises au régime d'exception. Avant tout se sont les régions centrales du pays. Les régions éloignées, la zemscina, sont laissées sous le pouvoir des bojares.

En libérant les terres pour ses fidèles le tsar ordonna de chasser les princes et les bojare en disgrâce de leurs domaines. En échange de grandes votcina, les personnes persécutées recevaient, sur le territoire de la zemscina, les petits pomestia. Avec toutes les terres enlevées aux bojares et à l'église, Ivan a pu constituer un fonds disponible pour distribuer à ses fidèles serviteurs.

Toute la zemscina était considérée comme en disgrâce, soupçonnée de trahison. Les opricniki avaient le droit de faire subir aux habitants toutes les violences possibles. En 1572 Ivan IV supprima la zemscina en étendant le régime de l'opricnina à toute la Russie. La terreur frappait sans distinction de classe et, de temps en temps, ses victimes étaient les opricniki eux-mêmes, divisés par des conflits.

Les opposants à Ivan ont appelé l'armée d'opricniki. "Armée du diable", "Régiments diaboliques", mais aussi "Régiments de Kromesniki" ou simplement "Kromesniki", terme dont la racine "Krome" (outre, à part) est synonymed'"Opric", mais dont l'adjectif "kromesnaja" associé au nom t'ma (ténèbres) désigne l'enfer. Plus largement - englobant l'enfer - le monde de l'opricnina est celui de l'au-delà (potustoronnij). L'association opricnik - soldat du diable (kromesnik), n'est pas un simple jeu de mots autorisé par le signifié commun opric (krome). Elle révèle son contenu au vu des comportements sacrilèges du tsar.

Car dans le monsatère situé à Aleksandroya- Sloboda, sa résidence préférée, Ivan et ses opricniki se déguisent en moines. Les témoins étrangers parlent de "confrérie" et de "frères" : "Il les appelle tous frères et ils n'appelle le Grand Prince autrement que frère". Tous portent des cucules, le bâton pastoral et les habits noirs de moines, doublés d'une fourrure de chèvre, mais portent des armes. Le tsar était l'higoumène, soit l'abbé supérieur, la fonction de deuxième personnage du monastère, le cellerier, revenait à l'un des proches d'Ivan, le prince Vjazemski. Quant à Maljuta Skuratov, qui passait pour l'un des chefs le plus cruel de l'opricnina, il était le sacristain. Ils imitent le régime monastique (horaires, messes, alimentation, cellules...) auquel tous étaient soumis sous peine de châtiments corporels. Au bout de quelques jours, le régime s'interrompait pendant plusieurs heures, pendant lesquelles les faux moines, Ivan en tête, torturaient et exécutaient leurs victimes avant de jeter leurs habits de moine et, vêtus de costumes luxueux, de ses livrer aux orgies. Pendant ces festins, le tsar dansait avec les bouffons et portait des masques. Durant l'un de ces festins, le prince Mikhailo Repnin objecte que le port du masque n'était pas un comportement de chrétien et jette par terre celui que le tsar voulait lui faire porter. Quelques jours plus tard, à l'église, pendant la lecture de l'Evangile, Repnin fut assassiné auprès du sanctuaire par les opricniki. Deux membres de ce corps se souviendront plus tard que le tsar se plaisait à donner les ordres de torture ou d'exécution dans l'église.

Les opposants à Ivan situaient le tsar dans le monde du diable, car tout se passait comme si Ivan cherchait à apparaître à l'envers du dévot lieutenant de Dieu qu'il devrait être : il danse, porte des masques, se déguise en moine, fait couler le sang dans les églises, donne à son apanage et à ses hommes un nom et des apparences qui évoquent l'enfer. Les sacrilèges ses succèdent les uns les autres. Il va jusqu'à désigner un nouveau souverain n'appartenant pas à son lignage.

« Le tsar, Ivan Vasilevic décida et installa Simeon Bekbulatovic tsar à Moscou et le couronna avec la couronne tsariste (...) et tout son office tsariste il le donna à Simeon." C'est en ces termes qu'une des chroniques témoigne de l'épisode du règne d'Ivan IV le Terrible qui intrigue le plus les historiens. La Russie était en passe d'achever sa centralisation après avoir secoué le joug mongol et voici qu'en 1575 son premier tsar intronise un Tatar, converti trois ans auparavant à l'orthodoxie. Ivan quitte le palais, se conduit "avec simplicité, comme un bojarin (...) et lorsqu'il vient voir le tsar Simeon, il descend du cheval loin de lui avec les autres bojare, se fait appeler "prince Ivan Vasilevic Moskovskij" et s'attribue un apanage alors que son règne avait été marqué précisément par une lutte sans merci contre les derniers apanages princiers. Le séjour du nouveau souverain sur le trône de Moscou dure environ un an, au bout duquel Ivan reprend sa place.

Simeon était le petit-fils d'Ahmed, Khan de la Horde d'Or, autrement dit, l'un des héritiers le plus titré de cette même légitimité mongole à laquelle les Russes avaient dû se soumettre, mais qu'ils n'avaient pas cessé de combattre. On peut, à propos de cet épisode, parler d'inversion, car pendant le joug mongol c'était le Khan qui octroyait à l'un des princes russes - depuis 1328 à celui de Moscou - le jarlyk de Grand Prince, alors que cette fois-ci, c'est le souverain russe qui nomme un Tatar Grand Prince. La signification de cette inversion, ainsi que l'opricnina, en offrant un deuxième exemple, échappe aux étroits cadres événementiels pour affecter le Temps des troubles et se lier à l'imposture.