En Suisse on délocalise les demandeurs d’emplois
« Nos voisins et amis Suisses ne sont jamais en manque d’imagination. Après l’invention du fil à couper le gruyère, le référendum local et les comptes numérotés, ils proposent maintenant une formule de chômage à la carte pour leurs salariés sans emploi. A ces derniers, ils proposent d’aller « faire chômeur en Russie » ! La démarche, vous l’admettrez, est originale. Les personnes qui ont perdu leur job - pour autant que leur formation professionnelle le permette - sont mises à la disposition de diverses entreprises et institutions en Russie tandis que les allocations de chômage continuent à leur être payées pendant deux ans. Il s’agit d’une forme de coopération, une contribution apportée par la Suisse à la Russie à travers les compétences et savoirs-faire d’hommes et de femmes dans tous les domaines : gestion d’entreprises, commerce international, médias, enseignement, techniques de la métallurgie, de la chimie, de industrie pétrolière, etc..

Attention, cela n’a rien à voir avec de la « déportation en Russie », les personnes concernées sont toutes volontaires. En outre, il leur est toujours loisible de repartir en Suisse à tout moment. En France, on délocalise les entreprises, en Suisse on délocalise les chômeurs ! Et ça marche ! Malins nos amis suisses !.

Gardons-nous d’ironiser sur cette initiative car la présence de ces professionnels au sein d’entreprises et d’administrations russes permet de créer facilement un flux de relations culturelles et d’affaires en tous genres entre les deux pays. Et cela sans avoir besoin d’investir dans la mise en place auprès des ambassades et consulats de coûteuses « missions économiques » et autres usines à gaz aussi bureaucratiques qu’improductives dont la France a le secret…

J’en connais quelques-uns qui sont ici en Russie depuis maintenant plusieurs années. Arrivés au terme de leurs droits à indemnisation, certains repartent dans leurs doux alpages mais certains restent en Russie. Ils y ont fait des racines et bon nombre d’entre eux ont même créé des entreprises. Bien souvent, ceux qui étaient célibataires ont rencontré l’âme sœur et paraissent très heureux. Faut dire que ce sont de « belles âmes »… J’ai même ouï dire que certains ont commencé à faire des « petits Suisses ».

Tout cela me rend plutôt envieux. Faudrait quand-même stopper la ruée vers l’Est des Suisses et les empêcher de conquérir « nos femmes russes » ! Les situations de monopole étant toujours préjudiciables à l’exercice d’une saine et libre concurrence, j’ai imaginé, afin de rééquilibrer les choses, de faire venir en Russie des demandeurs d’emploi de la Suisse… normande. Entre compatriotes, partageant la même culture et parlant la même langue, tout devrait bien se passer. La balle est désormais dans le camp des ASSEDIC. J’attends leur appel »

Saint-Pétersbourg le 22 octobre 2004