Smolny la poisse
La dénomination de cette cathédrale vient du mot « smolna » - ce qui, en russe, signifie « poisse » ou « goudron ». A l’endroit où elle a été édifiée à Saint-Pétersbourg, étaient en effet stockées au début du 18ème siècle les poisses utilisées pour l’étanchéité des coques de bateaux.

C’est sur ce sol particulièrement pollué que le célèbre architecte Rastrelli construisit le premier couvent russe destiné aux femmes. Cloîtrer les hommes, passe encore – ce seront des guerres en moins -, mais cloîtrer des femmes, quelle tristesse, quelle hérésie ! - c’est autant d’amour en moins !

Au même endroit, entre 1748 et 1764, une cathédrale de style baroque a donc été bâtie. C’est aujourd’hui comme un énorme pain de sucre blanc s’élançant vers le ciel et retombant en dégoulinures bleuâtres vers les bulbes inférieures de l’édifice carapacés de feuilles d’or. (Quand je deviendrai mendiant contestataire à Saint-Pétersbourg, j’aimerais bien, béquillant sur mes vieilles jambes, mendier sous les coupoles d’or de la cathédrale Smolny. J’ai déjà conçu mes panneaux revendicatifs à caractère oecuménique – CGT - FO - CFDT).

En 1764, dans ce même couvent, pour la première fois en Russie, a été ouvert un établissement d’enseignement destiné aux jeunes filles de la noblesse dénommé «Institut Smolny » (On dit que Jules Ferry, pris de vitesse, en fut fort marri…).

Une tradition orale prétend qu’à la veille de l’inauguration de la cathédrale, le bedeau de ces lieux, repoussé par l’élue de ses désirs, par dépit s’en pendit mortellement dans le clocher. Devant un tel mauvais présage, il n’en fallut pas plus pour que cet édifice soit dorénavant interdit de tout office religieux. Ainsi fut-il !

En fait, ce n’est pas tout à fait vrai car, depuis cette pendaison de contrariété, les offices religieux continuèrent à être célébrés sur le site à l’intérieur de ce pain de sucre, mais exclusivement en catimini pour les demoiselles promises à la reproduction de l’aristocratie romanovienne.

Juste retour de l’histoire, n’allez pas chercher plus loin : que se passa-t-il en 1917 ? Après le « coup d’Etat d’Octobre 1917 » le Soviet des députés de Pétrograd s’empara des bâtiments pour en faire son quartier général. Quant aux jouvencelles de l’aristocratie tsariste, nul ne sait exactement ce qu’elles devinrent. Certains disent que beaucoup d’entre elles, après maintes vicissitudes, parvinrent à rejoindre la France. ("Et cela a fait d’excellents Français » comme on le chantait en 39).

Lénine, si alors on avait su, on ne t’aurait pas laissé revenir en Russie dans ton « wagon plombé » aménagé spécialement pour toi par les Allemands…