Allez les Verts
Je viens d’échapper à ce qui se désigne ici par l’expression «la mort des balcons». C’était jeudi 16 mars. Dans la rue je venais de rencontrer un couple de Marseillais – tous deux enseignants et ex-syndicalistes - venu soutenir à Saint-Pétersbourg le mythique Olympique de Marseille qui, ce soir là, devait rencontrer une équipe russe sur le stade Pétrovsky.

Mes deux méridionaux – qui suivent l’O.M dans tous ses déplacements en Europe, et ce sans aucune subvention de leur organisme de retraite (*) - étaient descendus dans un très confortable hôtel du centre-ville. Après avoir acheté 4 ou 500 grammes de caviar, nous devisâmes ensemble sur l’état « désastreux » de la France, son soit disant « déclin », le piétinement des droits sociaux par un pouvoir aux ordres du MEDEF et des 200 Familles, l’autisme de tous nos gouvernants depuis 1946, la baisse constante des retraites et du refus par la gauche des « plombiers polonais ».. (**) bref la « paupérisation » des salariés et des fonctionnaires de France. Dans leur discours, j’ai senti des soupirs de nostalgie au simple souvenir des thèmes du célèbre et inégalé Manifeste de Champigny (pour plus de détails, voir le service des archives du PCF).

Leur séjour en l’ancienne capitale des Tsars les enchantait, les fascinait. Ils étaient admiratifs devant les façades récemment restaurées de tous ces palais et immeubles… Cependant, un petit détail les ennuyait, les choquait même : la présence dans les rues autour de leur hôtel, de nombreuses poubelles à ciel ouvert et – plus gênante encore – celle de mendiants, pauvres erres en haillons qui y recherchent de quoi manger ou plutôt de quoi se remplir le ventre. Je tentai alors de leur expliquer que c’était ici la seule source de survie pour des milliers d’exclus, femmes et enfants dont les maris et pères sont morts depuis déjà longtemps.

A mes deux interlocuteurs ébahis, je précisai qu’il en était malheureusement ainsi dans cette société étrangère à toute notion de solidarité et de protection sociale. « Vous qui étiez enseignants super-protégés » leur dis-je, « essayez de vous imaginer la situation des Canuts de Lyon dans les années 30 ». (dans les années 1830 dus-je préciser !). Dans le regard incrédule de mes « pauvres » amis, j’ai compris qu’ils ne désiraient pas poursuivre plus avant la discussion avec cet égaré d’Arséni qui avait l’impudence de leur mettre le doigt dans les plaies de la misérable condition humaine que connaissent des milliers de Russes sans ressources…qui ont de plus le mauvais goût de se nourrir, en 2006, dans les poubelles des nantis. Un moment, j’ai cru qu’ils allaient me dire : « Mais cachez donc ces pauvres que je nous ne saurions voir ! »

C’est juste à ce moment, alors que venaient de s’éloigner mes sportifs en chaussons, comme pour me punir, qu’un énorme morceau de balcon s’est détaché du 3e étage de l’immeuble devant lequel je me trouvais pour venir finir sa course à mes pieds sur le trottoir après être passé à 50 centimètres de mon crâne. J’en frémis encore !. L’humidité, le gel puis le début du dégel, s’étaient accordés pour attendre mon passage. Grâce à Dieu – que Michel Onfray, mon frère en athéisme me pardonne – j’en réchappai par « miracle ».

Tout cela pour vous dire que des milliers de balcons construits ici au XIXe siècle sur les façades des immeubles afin de pouvoir saluer les passages du Tsar, devraient faire de toute urgence l’objet de rénovations. C’est une question vitale pour les 70 à 100 personnes qui chaque année sont susceptibles d’être tuées par ces chutes inopinées.
Si l’on pouvait prélever un petit euro sur le billet d’avion de chaque supporter d’une équipe de foot entrant ou sortant du pays pour l’investir dans la rénovation des balcons « effondrables » de Saint-Pétersbourg, on sauverait ainsi chaque année la vie de dizaines de personnes parmi lesquelles d’éventuels supporters. Souvenez-vous : « Plaisir sportif ne dure qu’un instant. Mort sous un balcon dure toute la vie ».

Mars 2006