Créneaux de bonne conduite
Il est de notoriété publique que les automobilistes russes ne savent pas effectuer de créneaux pour garer leur voiture le long d’un trottoir. Un créneau, comme chacun sait, s’effectue en «marche arrière » pour la bonne raison que l’élément directionnel du véhicule est le «train avant ». C’est pourquoi on ne peut jamais effectuer correctement un créneau en «marche avant » - à l’exception faite des très rares, mais vraiment très rares, véhicules, dont l’élément directionnel est le «train arrière».  Les conducteurs russes ne sont pas responsables car, dans les auto-écoles, ont ne leur apprend pas cette technique de stationnement. C’est pourquoi, en Russie, les conducteurs, allergiques aux créneaux, stationnent leurs véhicules «en épi», c’est à dire perpendiculairement au trottoir. Cela aboutit évidemment à réduire le nombre de voies de circulation et, de ce fait, à générer de nombreux bouchons dans les quartiers très fréquentés. A tel point que des lignes de transport en commun ont été détournées ou supprimées à cause de ces voitures mal stationnées.

Une autre histoire de créneaux

J’espère que vous voyez dans quelle direction je tente de manoeuvrer votre attention. Quelle explication donner à cette « inadaptation créneaulienne » ? Je vais vous livrer ci-après les conclusions de ma courte observation et néanmoins profonde réflexion. Comme vous savez certainement, la partie orientale de la Russie est composée de plates steppes (d’où l’expression russe «le plat pays qui est le mien»). Au Moyen âge, pour surveiller l’intrusion d’éventuels envahisseurs venus de l’Est, il suffisait aux guerriers guetteurs russes de se hisser haut sur les étriers de leurs destriers. En cas de danger, lorsque les Mongols, par exemple, apparaissaient à l’horizon, afin de protéger les populations, on regroupait celles-ci dans des fortifications constituées de simples palissades en bois appelées krem’ (d’où l’origine du mot Kremlin). Leur inefficacité était grande comme le démontra le bien connu dénommé Gengis-Khan.

Même en Normandie

En France, en Normandie particulièrement, pays parsemé de nombreux vallons, les guerriers chargés de la surveillance du territoire, hissés raide droit sur les étriers de leurs destriers, étaient souvent dépassés par la hauteur des douces collines du Pays d’Auge ou de la Suisse Normande. C’est pour cette raison que l’on construisit chez nous, de hauts donjons d’observation. Au faît de ces donjons, on imagina un truc génial, copié mais jamais égalé : le créneau ! Vous pouvez aller vérifier mes dires, à Argentan, à Falaise ou à Caen…Faut dire qu’en Normandie, on avait beaucoup de chance, non seulement nous avions les bois de chêne, la paille et l’argile pour fabriquer le torchis, mais nous avions également le silex, le granit et surtout notre célèbre pierre calcaire blanche dite «pierre de Caen». (*)C’est pourquoi, grâce aux bosses et creux qui forment le relief du territoire, le créneau fait partie de la culture de l’automobiliste français. Si nos régions avaient été plates comme les steppes de Russie, il en eut été autrement. Automobilistes, pensez à cela avec humilité chaque fois que vous effectuez un créneau «en marche arrière» le long d’un trottoir.  Saint-Pétersbourg le 23 septembre 2005

(*) C’est avec cette «pierre de Caen » que les Normands ont construit la célèbre « Tour de Londres » et de nombreux autres édifices en Grande Bretagne.