Stationnements en épi

Lorsqu’on a commencé à concevoir la ville de Saint-Pétersbourg, les consignes du tsar Pierre Ier aux bâtisseurs étaient que la cité impériale soit "grande, large et spacieuse". Avec le concours d’architectes étrangers - parmi lesquels un bon nombre de Français qui sont ici restés célèbres - on traça alors larges et rectilignes avenues « en rayons » convergeantes toutes vers la place de l’Amirauté. Par la suite, avec l’invention de l’électricité, on construisit des lignes de tramway circulant au centre de la chaussée. Les chaussées étaient si larges qu’aucune gêne n’en résultait alors pour la circulation des véhicules hippomobiles et, par la suite, pour les automobiles. Il y a quelques temps encore, on pouvait circuler sans difficulté dans la ville et stationner aisément un véhicule le long des trottoirs, aussi facilement que dans le bourg de Trun un jour de semaine sans messe d’inhumation, ni jour de marché.

Mais depuis qu’ils sont arrivés, ceux que l’on appelle les «nouveaux riches», tout a changé au cœur de la cité. Ils ont imposé une nouvelle manière de stationner les véhicules automobiles dans les rues : le stationnement dit «en épi». Je vous explique : le stationnement en épi c’est l’antithèse du créneau. L'automobiliste arrive au volant de son 4x4 et, négligemment, refusant de se plier à la règle du dit créneau autrefois en vigueur, gare son monstre automobile perpendiculairement au trottoir. Etant donné que ces véhicules - pour la plupart de fabrication japonaise – sont longs comme des camions, cette nouvelle mode de stationnement paralyse une voie de circulation de chaque coté de la chaussée. Par voie de conséquences, certaines rues sont devenues impraticables notamment par les véhicules de transport en commun. Pour les trolleybus, contraints de respecter un couloirs de circulation en raison de la ligne électrique aérienne qui les alimente en énergie, se mouvoir entre les obstacles relève parfois d’un jymkana. C'est feu Georges Pompidou qui serait content, lui qui rêvait d’adapter la ville à l’automobile. Espérons que cette situation ne va pas s’étendre à l’ouest de continent et notamment à la France.