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Le premier qui dit la vérité
C’était la rentrée des classes en Russie et aussi dans toutes les républiques de la Fédération. C’était journée «portes ouvertes» et jour de fête dans chaque école. Les familles viennent traditionnellement au premier jour de classe assister aux divers spectacles et concerts de rentrée qui donnent aux écoles de ces pays une chaleur, une convivialité égalée nulle part ailleurs. L’ambiance est tellement festive que les petits qui entrent en première année en oublient de pleurer. Pris dans la ronde, ils n’ont qu’une envie : revenir à l’école le lendemain !

300 personnes, familles et élèves, sont retenues en otages par des terroristes annonça soudain la TV. A voir l’immensité du bâtiment construit sur plusieurs étages, de par ma propre expérience, j’évaluais environs à 700 élèves la contenance de cette école. Ce jour-là, avec les parents présents, c’est donc probablement près de 1500 personnes qui semblaient prisonnières du commando terroriste. Faut dire que chez nous, en Russie, on n’aime pas trop admettre les réalités. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont formés à cette tournure d’esprit : ne pas voir et ne pas admettre l’évidence. Le rédacteur en chef du grand quotidien les Izvestia, pourtant très proche du Kremlin, à un moment donné semble avoir souffert d’un « manque dans son éducation ». L’idée lui a pris d’annoncer au monde entier que ce n’était bien sur pas 300 personnes mais entre 1000 et 1500 qui étaient prises en otages dans cette école. Il a été révoqué sur-le-champ Monsieur le Rédacteur en chef ! Ca lui apprendra à diffuser des vraies nouvelles…!

D’après différents points de vue que j’ai recueillis, on commence à penser ici que les «OMON» (que l’on pourrait traduire par section spéciale de miliciens particulièrement brutaux) tuent beaucoup plus de gens innocents que les terroristes ! Bien que cette fois-ci, le coup ait été amorti par le fait que les otages, dans cette république d’Ossétie, étaient des « Caucasiens », donc des « non-Russes » (est considéré caucasien en Russie toute personne ayant des cheveux noirs ainsi que la peau basanée). La simple idée d’envisager des négociations de paix avec les autorités Tchétchènes élues en 1997 reste ici un sujet tabou. Quant à l’indépendance réclamée au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, motus et bouche cousue !

L’expérience démocratique de la Russie arrive en phase terminale. En arrière toute ! Avec la formation des cadres de l’Etat dans les écoles du KGB, la suppression des élections dans les régions et républiques autonomes, s’annonce le grand retour aux méthodes du pouvoir soviétique autoritaire et totalitaire. Chassez le naturel... !

J’ai sous les yeux le numéro daté du 16 septembre du rare journal – encore indépendant !- « Novaïa Gazetta ». A la « une », le processus politique actuel amorcé par Poutine, prétextant la menace d’un terrorisme international, y est comparé au coup de force de Napoléon Ier établissant l’Empire en 1804 pour soit-disant sauver la République, à l’instauration en 1933 de la dictature du parti unique NSDAP par Hitler prenant prétexte de l’incendie du Reichstag, à la terreur et au culte de la personnalité établis en 1934 par Staline prenant prétexte du mystérieux assassinat de Kirov… Pas moins que cela ! A mon avis, le Rédacteur en chef de ce journal hebdomadaire à du souci à se faire pour la suite de sa carrière...

Et moi, je préfèrerais que ce présent article dans le journal ne tombe pas entre les mains de V. Poutine. Parait qu’en ce moment l’homme est plutôt susceptible… »    Saint-Pétersbourg le 16/09/2004