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    Rentrer un soir dans son immeuble et constater que le radiateur de chauffage central dans le hall d'entrée a été démonté n'est pas un événement surprenant. Probablement que le service d'entretien – appelé ici "sloujba" - a procédé au démontage de ce lourd accessoire en fonte pour le changer ou le réparer. Cependant, un point de détail m'intriguait : pourquoi les ouvriers avaient-ils sectionné les tuyauteries au ras des raccordements au radiateur ? Comment allaient-ils pouvoir raccorder les tuyauteries lors de la réinstallation de ce radiateur ?

    Cette question me trottait dans la tête quand, devant la porte d'entrée, je me suis retrouvé nez à nez avec Kostia, un solide buveur de vodka, occupant d'un appartement au 5e étage de mon immeuble. Kostia est un ancien plombier. Pour cette raison, je me suis donc permis de lui montrer les tuyaux sectionnés en m'étonnant du mode opératoire des ouvriers du « sloujba ». Mon voisin laissa alors éclater un énorme rire et, me saisissant par les épaules, murmura à mon oreille : «Ce radiateur n'a pas été démonté, il a été volé ! Les tuyaux ont été sectionnés». Puis, me prenant par le bras, Kostia m'invita à gravir chacun des cinq étages de notre immeuble et sur chaque palier me montra les emplacements où les radiateurs de chauffage central ont été soustraits de la même façon. A l'approche de l'hiver - nous étions alors en septembre -, il n'y avait plus de radiateurs dans les parties communes du bâtiment.

    D'après les explications de mon voisin, une bande de pillards munis de disqueuses électriques et disposant de moyens de transport, sectionnaient les tuyaux de chauffage central en toute tranquillité dans tous les immeubles de la rue afin de revendre les éléments en fonte au prix de la ferraille. Après vérification, je pus constater en effet que la situation était la même dans les différents immeubles de la rue.

    Vous me direz que mon histoire ne tient pas debout car couper des canalisations de chauffage central sur cinq étages dans un bâtiment, en pleine nuit, ne peut manquer de réveiller les occupants. En outre, effectuer cette opération dans des immeubles contigus, charger des tonnes de fonte dans des camions en pleine rue, ça ne peut passer inaperçu, surtout en Russie où la police est partout, à chaque carrefour..

    En outre, question pernicieuse: sectionner une tuyauterie de chauffage central entraîne inévitablement un dégât des eaux !!! Saint-Pétersbourg 1 mars 2007

    (suite...)
    «Récemment, je rapportais cette incroyable histoire d'une équipe de brigands qui avait dévasté les immeubles en y volant, durant la nuit, les radiateurs en fonte à tous les étages. Cette opération «sectionnage» avait été effectuée à l'aide de tronçonneuses électriques sans qu'aucun occupant, apparemment, n'en soit troublé dans son sommeil. Après avoir récemment bavardé avec mes voisins de palier, j'ai enfin pu obtenir des bribes de réponses.

    1 : Contrairement aux premières informations, j'ai appris que les voleurs de radiateurs avaient opéré dans l'immeuble non pas pendant la nuit mais un dimanche après midi en plein jour.

    2: À propos des dégâts des eaux qui auraient dû inévitablement en découler, les « sectionneurs » de tuyaux avaient pu préalablement accéder librement aux locaux techniques afin de vidanger ou isoler les circuits.

    «Mais pourquoi donc aucun occupant de l'immeuble n'eut l'idée d'appeler la police» ai-je demandé ? Des regards apitoyés se sont alors dirigés sur ce pauvre attardé d'Arseni.

    En clair, devant les voleurs œuvrant à visage découvert dans les étages, les locataires avaient le choix: de laisser le délit se perpétrer ou appeler la police. D'un commun accord, sans besoin de se concerter, chacun a considéré qu'il était urgent de ne rien faire et de se taire. Comme disait un célèbre fabuliste, «de deux maux il faut choisir le moindre», en deux mots, je vous le dis – tout sauf la police. Décidément, les temps sont devenus biens difficiles.

    Saint-Pétersbourg 20 mars 2007