Médecins militaires
Dans les principales villes de Russie existent des bureaux de recrutement de l’armée où exercent des médecins militaires chargés, après un succinct examen des garçons recrutables, d’énoncer la sentence « bon pour le service » ou bien « exempté de service ».

De notoriété publique, la décision d’exemption du service militaire n’est pas fonction de l’état de santé de l’exempté mais plutôt du nombre de milliers de dollars se trouvant dans l’enveloppe déposée discrètement sous le nez du stéthoscope du médecin militaire. A partir de 2.000$, on peut commencer à « parler ». A 5.000$, les « jeux sont faits ». Ce serait faire preuve de mauvais esprit d’affirmer qu’il s’agirait là de corruption. Disons plutôt qu’il s’agit de « petits services rendus » permettant aux médecins de payer l’entretien de leur villa sur la Côte d’Azur ou bien les études de leurs enfants dans des universités américaines ou en France à l’Ecole des Roches...

Terrible paradoxe - pour compenser ces dizaines de milliers d’exemptions, ces médecins militaires décrètent donc « bon pour le service » de pauvres garçons chétifs, à la santé chancelante, issus de familles pauvres, qui n’ont pas la moindre possibilité d’aligner ces milliers de dollars. Outre cela, de nombreux jeunes se cachent pour ne pas r

épondre aux convocations des bureaux d’incorporation. Des escouades de miliciens policiers sont détachées en permanence pour les rechercher. Eux aussi facilement corruptibles, ils réclament également aux familles quelques centaines de dollars pour fermer les yeux : pas vu, pas pris ! Tout est affaire de négociation. Après cela, allez savoir pourquoi votre fille est muette ?

S’il est ici communément admis et largement accepté que les enfants de familles aisées puissent se faire exempter contre « monnaie sonnante et trébuchante », qui se chargera alors de défendre les frontières contre les pays en rêves de conquêtes à l’Est ?… Seulement les enfants des familles modestes !. C’est bien connu et archi prouvé depuis Valmy 1792, rares étaient déjà dans les régiments contre les Autrichiens les soldats issus des aristocrates émigrés de Coblence…

J’avais récemment mis au point un système génial pour empêcher ces jeunes gens de passer entre les mailles du filet incorporateur. Malheureusement, encore une fois, j’ai été pris de vitesse car je viens d’apprendre que dans une ville russe, le commissariat militaire teste actuellement un site Internet présentant la liste de tous les jeunes garçons potentiellement incorporables et qui n’ont pas répondu aux convocations de l’armée. Suit un numéro de téléphone et une invitation faite aux citoyens de cette ville d’aider la milice à les localiser.

Aux dernières nouvelles, on dit que les résultats fournis par des citoyens dépassent toutes les espérances. Le nombre des recrues «à l’insu de leur plein gré » dépasserait les prévisions les plus optimistes. Comme quoi, pour la défense de « Notre Patrie » - Nacha Rodina - Internet c’est tout bon. Sauf que, pour le moment, on n’a pas encore pu identifier contre qui ou contre quoi il serait nécessaire de défendre «Notre Patrie ».(1) A bien chercher, on finira bien un jour par se trouver un ennemi..

Novgorod 25/01/2006

(1) Le rapprochement opéré entre l’appareil d’Etat et l‘Eglise orthodoxe russes conduit souvent l’un et l’autre à utiliser le même langage. Au Kremlin on parle de la défense de «Notre Patrie» quand, dans les églises, on exhorte maintenant les fidèles croyants à protéger « Notre terre russe».