Ici enfants pour la guerre

Chaque année en septembre, dans les premiers jours de la rentrée des classes, je revois le même spectacle. Papa et maman, fiers comme des paons, sont venus accompagner leur rejeton, âgé de 12 à 14 ans, dans cette prestigieuse école de guerre de Saint-Pétersbourg. Il y est entré hier petit garçon avec ses habits d’écolier, il en est ressorti ce matin dans sa superbe tenue noire avec pantalon rayé de rouge, stricte veste galonnée et casquette noire et rouge. Instinctivement, il ne prend plus le bras de sa maman - elle aussi vient soudain de comprendre que son petit garçon ne lui tiendra jamais plus la main - il marche à côté d’elle, en adulte, au même pas que son père...Par sa démarche, dans le port de sa tête, dans son mâle regard, il exprime déjà la fierté d’appartenir à cette élite des «cadets», ces enfants élus. Vous aurez compris que ce gamin vient d’entrer à l’«Ecole de guerre» pour devenir plus tard officier de l’armée russe. (on y rencontre très peu de cadettes - allez savoir pourquoi ?)

Depuis sa plus tendre enfance, tout le conduisait vers cette destinée : défendre la mère patrie. Chaque année, pour Noël, parents et grands-parents lui offraient le dernier modèle miniature de kalachnikov, le bazooka simulant les tirs de roquettes en plus vrai que nature, le char d’assaut miniature avec tourelle télécommandée, le casque taille enfantine en acier véritable ainsi que la tenue «para » avec gilet pare-balles et tous les accessoires adéquats dans le style «Rambo contre les Tchétchènes». Moi je vous dis que ces parents-là se trouvent déjà sur la liste des futurs récipiendaires de la croix du Mérite de la famille de la Mère patrie. C’est incroyable le rôle que peut jouer l’industrie du jouet militaire dans la formation civique des enfants… !

Ici, enfants pour la paix

Hier se tenait la fête de fin d’année des enfants de l’école française de Saint-Pétersbourg. Cette école, créée sur l’initiative du Consulat de France en 2001, accueille une trentaine de jeunes enfants français et francophones de toutes nationalités. José, ainsi que sa compagne, sont arrivés de la Réunion pour en prendre la direction. Les petites filles et petit garçons de cette nouvelle école ont donné un spectacle empreint de fraîcheur et de spontanéité. Pour commencer, chacun d’eux s’est présenté individuellement en indiquant son origine : A, franco-canadien; B, franco-vietnamien; C; franco-anglais; D, franco-ukrainien; E, franco-suédois; F, franco-russe; G. franco-italien; F, franco-belge; GHEF. franco-français. Et tous en chœur ils ont clamé «mais nous parlons tous français».

Connait-on beaucoup des pays qui peuvent faire vivre de telles écoles où se retrouvent dans le même creuset linguistique et culturel des enfants d’origines si différentes ? A mon avis, une fois devenus adultes, il m’étonnerait fort que ces enfants-là éprouvent le désir de se faire la guerre pour défendre leur «mère patrie». Laquelle serait-ce donc ?